Je suis un jeune artiste cueilleur. Dans mes recherches, je m’intéresse aux connotations et aux affects qui émanent des fragments que je rencontre. Les signes contenus dans ces matériaux quotidiens, naturels ou artificiels, me permettent de générer des récits au travers d’une diversité de techniques. Leur nature de choses perdues, abandonnées par d’autres, constitue un potentiel relationnel en tant que témoignages de vécus. Au travers de récoltes, de classements et d’interprétations de leurs symboliques, j’opère une analyse sensible de leurs qualités matérielles et de leurs connotations nostalgiques. Je génère alors des compositions sculpturales aux allures d'autels du banal, cela pour (ré)invoquer les histoires non-sues des fragments rencontrés et les articuler en une fable plurielle. Les installations évolutives que je façonne interrogent notre rapport au monde au travers de documentations et d’observations poétiques. Textes, créations vidéos et compositions sonores s’articulent dans ces rencontres entre récit commun et lectures intimes.

Au cœur de mon travail, j’entends faire valoir la cueillette comme une passeuse de messages contemporains. Ces choses que l’on ne voit pas mais qui silencieusement constituent un dialogue second, un ensemble d’indices rhizomatiques parsemés çà et là. J’entrepose ces agents imbriqués (E.Coccia) dans mon panier pour les voir scintiller à nouveau sous le prisme de nos liens émotionnels avec eux. Non plus dans une dynamique de protagoniste unique qui parcourt le monde et emmagasine ses ressources, mais comme un ensemble de facteurs qui mettent en perspectives nos regards divergents. La périssabilité des éléments que j’utilise permet de considérer la fragilité comme une possibilité d’émancipation délicate.

Le recours à une narration discrète, presque mutique, me permet de mettre en avant une souplesse interprétative. Les manières propres à chacun.e de traverser le monde découlent d’une subjectivité singulière (G. Agamben), laquelle renvoie à des questionnements d’ordre sociologiques, anthropologiques et ontologiques. Cela implique une diversité de perceptions toutes personnelles d’une histoire culturelle et contextuelle propre à l’environnement dans lequel nous évoluons. De cette manière, les systèmes spéculatifs que je conçois nous poussent à questionner nos appartenances et nos individualités multiples et mouvantes. Joignant moments d’errances et de retour au foyer, mes recherches établissent une passerelle entre la réappropriation du chez-soi et l’imaginaire du dehors. Comme une plongée vers une opacité régénérative.
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