Bebas Maon est un instant disparu, une porte refermée. Comme un épilogue des rencontres qui y eurent lieu, Love letter to Bebas Maon revient sur la mémoire de ce moment dont les prémisses surgirent d’un rêve. L’installation première était visible à l’école des Beaux-Arts de Toulon lors du projet de diplôme de Titouan Makeeff en juin dernier. Mais aujourd’hui l’artiste convoque une réminiscence de cette matérialisation : l’instant de flottement qui l’a précédé. Un ensemble réduit et atrophique témoigne de la diversité des agents qui s’agitaient et s’agençaient en ce temps-là, sortes de capsules temporelles sensibles qui rendent hommage à leur disparition. Dans l’espace on trouve plusieurs modules qui incarnent les différents accents topologiques présents dans l’installation initiale. Ici les ensembles sont recomposés comme des dispositifs évolutifs qui ont évolué à l’abri des regards et se réincarnent sous une forme nouvelle. Des fioles étiquetées contenant des poudres, aux étagères où sont hiérarchisées des récoltes, la recomposition du corpus d’un temps donné fait office de tant de décharge émotionnelle que de surcharge contextuelle.
Love Letter to Bebas Maon
assemblages sculpturaux, dimensions variables, objets glanés, texte, dessins, extraits de série photographique, livre de G. Agamben - "Qu’est-ce qu’un dispositif ?", gravier de chantier, console Nintendo 3ds, matériel électronique,
vidéo 6 min.
" Chers agents,
Vous voilà partis maintenant, soyez sûrs que c'était un plaisir. Votre présence à mes côtés a créé un vide indéniable. J'entends par là que vous me manquerez ontologiquement, votre topologie mais aussi mon interprétation de vos gestuelles. Comme vous le savez maintenant, je suis devenu un adepte de l'Acte d'essayer. Et ce qui s'est construit entre nous est la plus douce des formes de dialogue qu'il m'ait été donné d'entreprendre : un dialogue silencieux avec des présences inertes. Pour cela, permettez-moi de vous souhaiter le plus paisible des stockages. Sachez que je ne vous pleurerai point, car demain déjà nous nous reverrons. La terre s'effondrera, mais vous resterez érigés dans l'épicentre de ce tas de débris comme une source intarissable de courage.
Mes amitiés à toute votre substance, émissaire de tous les maux silencieux. À tous vos corps sans organes, multiples et sinueux, sans lesquels rien n'aurait pu se cristalliser. - xoxo ~ "
Poème dans l'installation
Vidéo présente dans l'installation :
Prise de vue à la première personne, avec un smartphone, du déplacement dans l'installation initiale Bebas Maon en juin 2024.
La réduction de la qualité graphique permet à la console de comprendre le format de la vidéo, la présence d'artéfacts et pixels "morts" est inévitable.
Comme le stigmate de l'usure mémorielle ressentie lorsque je composais cette seconde itération, tentant de faire ressurgir les sentiments que m'évoquaient ces assemblages sculpturaux.