Sortie de résidence au metaxu, juin 2025 © Virginie Sanna, bande sonore avec les voix de Hutarr Von Yug.
En mai, l'artiste Titouan Makeeff, s'installe dans le nouvel espace dédié à la création et la transmission du metaxu, "Les Ateliers metaxu". L'artiste bénéficie d'un espace de travail et disposent de conditions techniques et financières et outils nécessaires pour la production d’un projet spécifique sur une période de 30 jours. Un temps de rencontre pour présenter son travail à la fin de la période de résidence est organisé le vendredi 6 juin 2025 dans l’Atelier du metaxu.
© metaxu.fr
Sillons sensibles
Durant ma période de résidence au sein du metaxu, j’ai opéré des sélections de matériaux que j’ai utilisé comme les colonnes vertébrales des compositions qui en bourgeonnent. Sur ces squelettes s’amoncelle une multitude de récoltes et de souvenirs issus en quasi totalité de mes années d’études à Toulon. De cette façon, les fragments nouvellement décelés activent une dynamique particulière au contexte de la résidence. Des chutes de contreplaqués ayant servi à d’anciens événements organisés par le metaxu, des rebuts que j’ai trouvé durant la rénovation de l’espace d’ateliers, des comportements observés chez les gens qui gravitent autour de la place Raimu. Tout cela constitue un archivage intriqué qui surligne une quantité de gestes infimes, de documentations délicates et de dialogues avec l’autour. Cette installation a pour vocation d’apporter une lecture intime, comme des témoignages subjectifs donnant une voix aux oublié.es. Dans ces archipels hétéroclites, le regard passe de rapport d’échelles en rapports d’échelles. Parfois, ce sera la lecture d’ensemble qui provoque quelque chose en nous, d’autres fois, ce sera le détail. Dans ce périmètre à l’allure d’un liquide sémiotique, se confrontent et dialoguent des points de vus, des ressentis, des humeurs, des observations, des récoltes, des gestes d'agencements, des parenthèses mémorielles, des cristaux nostalgiques, des curieuses balises et des sillons du sensible.
Reste à saisir ces fils qui tissent la trame du monde, et effleurer de nos yeux leur vivacité.
© photographiques Virginie Sanna, Titouan Makeeff
Les abords de Jaunroz
assemblage sculptural, dimensions variables, objets glanés, matériel électronique récupéré, peinture acrylique
Verbleuées, les franchisseuses
assemblage sculptural, dimensions variables, objets glanés, matériel électronique récupéré, peinture acrylique, dessins, texte gravé sur bois
Texte : Céphalalgie
Avarice d'une architecture tapie, blottie,
Dans de tristes poncifs.
Dans le lit d’un soupir, une diégèse machinique.
Vies séduites
Par delà l’imagerie de désirs enfouis.
D’insatiables envies - excessifs ustensiles
livrés aux rythmes
horribles et clivants
des plus futiles dialectiques.
Saisissante ivresse, virtuelle errance.
Inéluctables scénariste des plus rigides infirmités.
L’impression de mimer une rêverie matricielle.
De reproduire l’idiote cadence.
Agir, précisément.
Se dire que les hymnes irascibles hérissent l’horizon.
Vibrisses de paysages infinis, plissements minimes.
Sensibles esquisses.
Glisser, précisément
Ici, stimuler l’iris.
Assister la rigidité, iriser le statique.
Là, s’irradier de lyrisme.
Scinder l’hydre ternie des mythes systémiques.
Sa tachycardie battant la mesure
En deux parties distinctes.
Au Clic,
L’une instinctive, l’autre précise.
L’une stridente (une râlerie crispée)
Au Clic,
L'autre, inversive.
Silencieuse bicéphalie stérile.
Elle gît, assoupie dans l’extrémité de ce précipice susurrant
Brise sifflante, alizés subversifs.
Le limier endormi, sa cécité divise.
Depuis d’arides colonies, on lit à présent
S’entendent des crissements dans les verticalités immuables.
On crie, une rivière dont le lit s’agite.
On s’assimile à la rive, l’effleurement frissonnant
Florissant aussitôt.
Fluidifier l’amovible, l'ouïe ravivée
Des hier relatifs, le cœur battant
Des aujourd’hui, dramatiques absences
Et puis des existences à venir.
De celles que l’on ne saurait prédire.
Respire libre, ivre esprit.
Cueille l’omis et gravit l’invincible.
Aux cieux, zéniths initiatiques.
Aux abysses des exquis devenirs.
Discrètes assistances ou subtiles indices.
Du ralentir. De l’interstice. De la célérité à bannir.
La nuit,
L’infime se hisse aussi haut que les timides astéries.
S’en aller
Aux rites destructifs.
Ni aux cieux, ni aux abysses,
Mais au milieu du vaste firmament.
Celui-là même, gémissant parmi les débris, les collines prismatiques,
Les multitudes de briques et les kilomètres d’archives.
Des scellés à rouvrir.
Les abris ne serviront pas,
Las de se construire pour ne pas avoir à panser la vie.
Décélérer, penser le vide.
Les nids s’éparpilleront, les racines aussi.
Dans les steppes, dans les plaines sans barrières, dans les jardins d’éther, on crie.
Quelque part, au loin, on pleure aussi.
Demain, à nos côtés, la rosée nouvelle perlera encore.
Aux larmes, dans lesquelles prennent source les plus beaux des torrents.
Croire en l’effluve, l’unique nécessité de déferler.
Gouffres d'Orouge
assemblage sculptural, dimensions variables, objets glanés, matériel électronique récupéré, peinture acrylique, dessins
Alice
dessin au fusain, texte, dimensions variables
Instructions to build a Sanctuary
assemblage sculptural, 80x80x80 cm, objets glanés, matériel électronique récupéré, croquis de projets d'installations révolues
Grappe
assemblage sculptural, dimensions variables, matériel électronique récupéré, objets glanés, dessins
L'ellipse
sculpture, 55x65x10 cm, texte gravé sur bois
Texte :
" À l’orée du bois, il y en a qui sifflent. Certains jours on entend comme des flèches filantes qui crissent entre les branches. Et dans les craquements des feuilles tombées la veille, des pas les suivent. Rapides foulées. Légères et vives.S’ajoute à cela le vent qui s'étale sur leurs tracés, s’infusant dans les traces imprimées - stigmates de départs imprévus. Les bivouacs éteints, encore imbibés, presque plus fumants. Seule subsiste l’odeur humide qui colle aux membranes nasales. Assez subtile pour passer inaperçue, une étoffe effilée s’est accrochée à un arbrisseau aux cernes naissantes. Nouveau-poussé parmi les cimes adelphes. Encore timide dans son émergence, la broussaille pousse. Mais qu’elle se rassure, le gel ne viendra pas encore. Encore un instant de répit avant la fuite.
À l’orée du bois, il y en a qui craquent. Un gigantesque effondrement résonne. Il y a longtemps que les branches sont tombées, que le silence s’est effacé derrière le vacarme. Dans les grondements on aperçoit la lune, comme si elle implorait une résistance qui n’arrive pas. La tendre brume qui recouvrait l’endroit s’est dissipée. À sa place, une purée de pois à fait son nid, purulence. Elle n’est pas apparue d’elle-même, sois en sûre, je l'ai vu de mes propres yeux. C’était au dernier solstice, le jour n’avait pas trouvé sa fin et le cycle n’a plus jamais recommencé. Tout le vif s’est figé, le cœur brisé par l'événement. Tout ce que nous chérissions, disparu. Enfoui.
Comment imaginer l’ailleurs quand l’ici nous aspire. Quand les yeux n’ont d’autre choix que de faire face à l'urgence frontale. Un mur à gravir. Un autre encore, jusqu'à saigner des doigts, jusqu'à s'écorcher le corps et faire de ses propres lambeaux les cordées à lancer aux suivant.es. Les parois infinies, ombres gigantesques, de quoi aurions nous besoin de nous protéger ?
Jamais plus les rayons du soleil timide d’hiver n’effleureront tes joues rougies. Jamais plus la pluie ne perlera dans tes cils encore scellés de la nuit.
Par peur de baisser les bras, j’ai aussi baissé les yeux. C'est en ne voulant plus lever la tête pour avoir à affronter les colosses fissurés, que j’ai mis en marche une autre mécanique. Un geste autrement rassurant, une amitié avec le sol. Dans les périmètres empêchants se dévoilait en fait une immensité insoupçonnée. "
Rayons murmures
assemblage sculptural, dimensions variables, objets glanés, rétroprojecteur, vidéo 17:20 min, prises de notes quotidiennes